de Lois Browne «Margaret est lune de ces rares personnes dont lopinion peut différer de la vôtre sans vous en tenir de rigueur personnelle. Cest une qualité inestimable», déclare Dave Cooke, ancien ministre de lÉducation, qui a été le premier à suggérer Margaret Wilson au poste quelle a quitté après une carrière de 40 ans en éducation. En 1995, le gouvernement NPD a confié à Wilson la tâche de créer lOrdre des enseignantes et des enseignants de lOntario. En juillet 1996, sa tâche achevée, elle a accepté le poste de registrateure. Pendant quelle était en fonction, lOrdre est devenu un modèle dautoréglementation de la profession enseignante, réputé et inspirant le respect dans le monde entier. La plus grande source de fierté pour Wilson nen reste pas moins sa fille de 23 ans, Anne, qui étudie actuellement pour devenir enseignante. Anne suit également les traces de son père, Roger, enseignant et directeur adjoint au secondaire à la retraite. Wilson admet toutefois que sur le plan professionnel, la création de lOrdre constitue sa plus grande réalisation. «Jai eu la chance d'avoir en la personne de Frank Clifford un remarquable président de l'équipe de mise en uvre. Nous avons travaillé main dans la main. Le personnel ma également beaucoup aidée en remettant en question les idées, pour en proposer de nouvelles et en discuter de façon approfondie. Une fois ce processus terminé, nous éprouvions encore de l'estime et du respect mutuels.» LIMPORTANCE DE LA CONSULTATION Avec Wilson à sa tête, lOrdre a mené de vastes consultations auprès du personnel enseignant et du public afin délaborer des normes dexercice de la profession, des normes de déontologie et un cadre de formation. En outre, il a mis en place un processus disciplinaire ouvert et transparent et sest imposé comme une autorité sur les questions liées à léducation et à la profession enseignante. «Si vous avez des questions sur la profession enseignante, pas seulement sur les politiques, mais du point de vue de la recherche, vous navez quà vous adresser aux professionnels de lOrdre», déclare Michael Fullan, doyen de lInstitut détudes pédagogiques de lOntario de lUniversité de Toronto. «Ils représentent une véritable mine de renseignements.» Wilson et son équipe ont dû créer lOrdre à partir de zéro, sacquittant de tâches multiples des plus banales comme le choix du mobilier de bureau aux plus complexes, comme la rédaction de textes de loi, létablissement des priorités de lOrdre, le recrutement du personnel. Toutes ces tâches visaient à répondre aux besoins des membres qui, le jour où lOrdre est né, dépassaient les 165 000. «Il sagit dune remarquable réalisation, déclare Fullan, qui a été possible grâce à la compétence et aux idées de Margaret Wilson. Cette entreprise aurait très bien pu dérailler ou senliser dans le processus décisionnel. Je pense que lOrdre a réussi à surmonter les obstacles grâce à la manière dont Margaret a travaillé avec les divers groupes présents au conseil et avec les autres partenaires.» «Elle accorde beaucoup dimportance aux principes de base et je ne parle pas des détails mais elle a une idée très précise des principes sous-jacents. Elle fait donc presque toujours preuve de discernement parce quelle sappuie sur un certain nombre de principes.» DES ATTENTES ÉLEVÉES À lOrdre, les collègues de Wilson ne tarissent pas déloges sur ses qualités de leadership et sur lamitié quelle a offert au cours des premières années astreignantes de lOrdre. Joe Atkinson, qui a été choisi par le conseil pour la remplacer en novembre, est venu, sur sa demande prêter main forte à la création de lOrdre. «Travailler avec elle fut un véritable plaisir. Elle attend beaucoup des autres, mais elle est tout aussi exigeante envers elle-même. Elle est lenseignante par excellence. Bien enseigner, cest offrir des occasions dapprendre à ses élèves, et cest exactement ce quelle fait. » Née en Écosse, Wilson a été élevée et scolarisée en Ontario. Elle a reçu une formation au London Teachers' College et a ensuite enseigné pendant plus de 15 ans. Elle a travaillé deux ans au palier élémentaire à la Clarkson Public School, à Clarkson. Elle considère sa décision de retourner à luniversité comme si elle allait presque de soi : «Javais fait quelques économies, puis jai décidé de me spécialiser dans lenseignement dune discipline», explique-t-elle. Elle a reçu la médaille dor du gouverneur général de lUniversité de Windsor et une bourse du Conseil des arts du Canada à lUniversité de Toronto où elle a obtenu une maîtrise en anglais. Pendant les 13 années qui ont suivi, elle a enseigné langlais dans des écoles secondaires ontariennes à la H.E. Guppy High School of Commerce à Windsor ainsi quà Parkdale Collegiate et à North Toronto Collegiate à Toronto. Pendant cette période, elle a même réussi à enseigner un an à Londres à la Holloway Secondary Boys School. Après avoir enseigné quatre ans à North Toronto Collegiate, dont elle dirigeait alors la section danglais, Wilson a décidé de sengager davantage au sein de la Fédération des enseignantes et des enseignants des écoles secondaires de lOntario (FEESO). Elle na jamais cherché à quitter le milieu scolaire. «Lorsque je me suis présentée comme candidate aux élections de la FEESO, javais déjà la première partie de la qualification de directrice décole. Je mimaginais terminer ma carrière dans ladministration scolaire.» Si sa vie professionnelle a pris un autre tournant, cest le pur fruit du hasard. Wilson explique : «Après avoir assumé certaines responsabilités à la FEESO, on ma demandé de me présenter à lélection de la présidence de district et jai accepté. À cette époque-là, la situation nétait pas très bonne au sein de la section locale. Le responsable du district communiquait très peu avec le conseil scolaire. Je me suis présentée sans jamais penser que je serais élue, et je lai été. Jai même dû appeler mes parents à minuit pour leur annoncer que mon nom allait paraître dans le Globe and Mail le lendemain.» INTÉRÊT PROFESSIONNEL Puis, Wilson sintéressait vivement à la façon dont les fédérations représentaient les enseignantes et enseignants. «Mon intérêt a encore grandi lorsque je me suis retrouvée dans le comité provincial de recherche de la FEESO et que nous avons mené une étude sur le rôle de lécole secondaire. Les services professionnels offerts par la fédération au personnel enseignant mintéressaient autant que la négociation collective, et jai assumé des tâches dans les deux domaines.»
Cette description modeste ne rend pas justice à sa réussite et à son efficacité à titre de porte-parole du corps enseignant et de la profession enseignante. Ceux qui lont rencontrée pour la première fois et ont travaillé à ses côtés pendant cette période nont pas oublié à quel point ils avaient été impressionnés par ses talents doratrice, danalyste et dorganisatrice. Ruth Baumann, une collègue de la FEO qui sest ensuite liée damitié avec Wilson, la rencontrée pour la première fois en 1974 quand celle-ci se présentait contre le président de district de la FEESO en exercice alors. «Parmi les candidats, cétait celle qui produisait la plus forte impression. Elle sexprimait remarquablement bien tout en étant très pragmatique et très claire. Cette impression na fait que se confirmer par la suite.» «Elle a la capacité davoir une vision globale de la situation, de voir si un problème donné est lié à dautres. Elle est allée chercher des solutions là où cela lui semblait évident, ajoute Ruth Baumann. Je me souviens quà certaines reprises, alors que nous travaillions toutes les deux à la FEO, nous avons rencontré de hauts fonctionnaires du ministère de la Santé parce que les solutions aux problèmes auxquels nous étions confrontées ne relevaient pas uniquement du ministère de lÉducation.» Les liens qui unissent Dave Cooke à la famille Wilson remontent à son enfance, plus précisément à lépoque où il faisait du démarchage électoral avec son père pour le compte du père de Wilson, Hugh McConville, alors candidat NPD contre Paul Martin père dans une circonscription fédérale de Windsor. Leur véritable relation professionnelle a toutefois débuté quand il est devenu ministre de lÉducation et que Wilson sest adressée à lui au nom de la FEO. DES CONSEILS IMPRÉVISIBLES «Elle pouvait donner des conseils tout à fait imprévisibles, déclare celui-ci. Elle exprimait son point de vue en tant que dirigeante syndicale, mais aussi en tant quéducatrice hors pair. Cest un trait que jai beaucoup apprécié chez elle Elle avait un côté très pragmatique qui, à mon avis, a été bénéfique aux membres de lOrdre et aux élèves.» Selon Wilson, cette approche qui lui vaut tant de louanges consiste à «écouter dabord et à parler ensuite.» «Oui, jai des convictions, mais je ne pense pas que lon puisse me reprocher davoir des opinions irréversibles. À lexamen dun problème, je peux très bien avoir une idée de la direction à adopter, mais rien ne mempêche de changer de cap après avoir écouté les autres. Je respecte la capacité de persuasion de certaines personnes de temps en temps.» Wilson sait plutôt bien comment elle est perçue. «La plupart des gens diraient que je possède un pouvoir de persuasion assez fort et ils nauraient pas tort. Je pense néanmoins que ce pouvoir vient du fait quaprès avoir écouté les gens et compris leurs préoccupations, jessaie dy répondre.»
«Jai convoqué le conseil scolaire à Toronto pour quil rencontre les négociateurs de la FEESO, évoque Stephenson. Nous nous sommes assises Margaret et moi sur les marches de lédifice Mowat nous fumions encore à cette époque-là et nous avons bavardé et fumé en attendant que les deux groupes parviennent à une entente. Lentente a été conclue à cinq heures du matin et nous avons pu nous rendre à la législature le lendemain matin y annoncer la nouvelle.» «Je suis sûre que les autres ont passé une nuit épouvantable, mais pour Margaret et moi, elle fut très agréable. Nous avons parlé de tas de sujets de la grève bien sûr, mais aussi de la vie dune mère au travail à lextérieur du foyer, entre autres.» LES CHEMINS SE SÉPARENT Stephenson et Wilson ont eu un désaccord plus profond au sujet de la création de lOrdre des enseignantes et des enseignants, organisme recommandé par nombre de commissions parlementaires depuis les années 50. Stephenson a tenté de fonder un ordre en 1983 alors quelle était ministre de lÉducation. Lune de ses principales adversaires était Wilson, alors présidente de la FEO. Les gens se demandent encore aujourdhui quelle était la différence fondamentale dans les positions de chacune quant au rôle que les professionnels de lenseignement devraient jouer ou au contrôle que les fédérations devraient exercer. Même si elles se sont toutes les deux battues pour défendre leurs idées, leur relation a continué dêtre affable lorsque Stephenson sest vue contrainte de ranger son espoir de création dun ordre dans un tiroir pendant de nombreuses années. Les deux femmes étaient présentes en 1997, le jour de linauguration officielle de lOrdre une plus grande participation des enseignantes et enseignants étant assurée. La même année, toutes deux ont reçu un doctorat honorifique de lUniversité Nipissing pour leur contribution à léducation au fil de leur carrière. Joe Atkinson sait quelles qualités ont fait de Margaret Wilson une registrateure idéale. «Margaret a touché de près ou de loin à tout ce qui sest passé dans le domaine de léducation en Ontario au cours des 25 dernières années. Elle a travaillé avec des gouvernements de toutes tendances et avec environ une dizaine de ministres et de sous-ministres de lÉducation. Si eux se sont succédé, Margaret, elle, est demeurée.» À titre de première registrateure de lOrdre des enseignantes et des enseignants de lOntario, Margaret Wilson a soumis lorganisme dautoréglementation de la profession à des normes élevées de transparence et dintégrité. Margaret Wilson a reçu des récompenses et honneurs multiples pour lengagement de toute une vie envers les enseignantes et enseignants, les élèves et le système déducation un doctorat honorifique de lUniversité Nipissing en 1997, le Distinguished Educators Award de lIEPO/UT en 1998. Néanmoins, lhéritage de Margaret demeure surtout la création de lOrdre et sa contribution à limage de la profession pour laquelle elle sest défendue toute sa carrière. |
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